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   Publiée dans la collection de poche Garnier-Flammarion en 2007, La Bhagavadgîtâ est la traduction française d’un célèbre poème mystique hindou extrait de la grande épopée du Mahâbhârata, qu’un substantiel appareil de notes accompagne pour la rendre compréhensible à un public éclairé.

   Dans la guerre aux dimensions cosmiques que se livrent deux familles de cousins, les Kaurava et les Pandava, l’heure de la bataille décisive arrive, et avec elle se situe l’enseignement que l’épopée présente sous le titre Le Chant du Bienheureux (Bhagavadgîtâ, en sanskrit). Il s’agit du dialogue entre le valeureux guerrier Arjuna, de la famille Pandava, et son cocher Krishna, cousin et conseiller, qui se révèle être, dans le cours du poème, le dieu suprême Vishnou. Or, Arjuna est pris, au tout début du Chant 1, d’une défaillance morale qui le laisse incapable d’affronter ses cousins ennemis et de remplir son devoir. En réponse à son refus de faire couler le sang, Krishna l’exhorte à retrouver sa vaillance devant le péril et, surtout, à mieux comprendre le sens des actes que la situation lui commande d’exécuter.

   Pour cela, il lui enseigne « le détachement dans l’action » (karmayoga), à savoir la nécessité morale d’agir sans attendre aucun résultat de ses actes. Répété à plusieurs reprises au cours de leur dialogue, ce thème s’inscrit dans une réflexion philosophique sur ce que signifie agir. Contrairement à la majorité des hommes qui s’imaginent que l’on ne peut pas accomplir un acte sans avoir en vue un bénéfice personnel, qu’il soit visible et matériel ou invisible et religieux, celui qui agit dans le détachement n’en espère aucun avantage propre ni social. Paradoxalement, plus il s’exerce à se détacher quand il accomplit des actions, plus il se met en mesure de les exécuter correctement, de la façon la plus juste, puisque ce n’est pas pour lui qu’il agit, mais « pour le bénéfice du monde ». Le poème appelle « ascèse » (yoga) cette discipline morale. Quant à ceux qui croient que l’on peut s’abstenir d’agir, Krishna leur répond que l’on ne peut pas ne pas faire des actes, surtout si l’on comprend que la moindre pensée est un acte, tout comme une parole ou un geste. En ce sens, Krishna résume son enseignement à Arjuna en lui expliquant qu’il doit s’exercer à pratiquer moralement « le non-agir » (agir dans le détachement) plutôt que se laisser séduire par le discours de l’intérêt personnel ou par l’impossible refus de toute action.

   Mais Arjuna reconnaît, devant le divin maître Krishna, qu’il n’est pas en mesure de mettre en application ce qu’il a compris de l’enseignement moral qu’il vient d’entendre. Pourquoi ? Parce que « son agitation d’esprit » fait de lui un homme instable et changeant, soumis aux passions et incapable de pratiquer l’ascèse (yoga). En réponse, son maître lui enseigne que le même mot « yoga » désigne autant l’ascèse morale du non-agir que la discipline du corps et de l’esprit (manas).

   S’il n’existe qu’une leçon à retenir de la Bhagavadgîtâ, la voici : il est inutile de vouloir pratiquer le détachement moral dans l’action si l’on est incapable de se maîtriser mentalement et physiquement, émotionnellement, peut-on ajouter. L’être humain est un tout, où le corps et l’esprit interagissent, où la conscience morale dépend de la constitution corporelle et mentale. Le savoir, c’est s’engager sur la voie de l’ascèse, telle qu’elle est définie par le divin Krishna.

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