Encre claire

magazine

« De l’opacité de la vie, par le biais de l’écriture,
arriver à une lumière de la pensée. »

Au fil des saisons et des événements, les thèmes se dessinent.




N° 3 – Automne 2026 – La nature

📰✒️ L’éditorial

Mère nature : sommes-nous déjà tes orphelins ?

Évelyne BALLANFAT

 

« La terre est bleue comme une orange ». Ainsi commence un célèbre poème d’Éluard, dans le recueil de 1929, L’amour la poésie. Ronde, belle, offerte comme un fruit, gorgée de l’eau de ses mers et de ses océans. Pour tous les astronautes qui la contemplent du ciel, elle est à chaque fois le même sujet d’émerveillement. Verte aussi, par ses bois et ses forêts, immaculée sur ses plus hauts sommets, elle paraît immuable tant sa beauté donne l’illusion de la protéger tel un rempart. Et pourtant…

Sur les quarante dernières années, près de 800 000 km2 de forêt amazonienne ont disparu ; de nouveaux mots sont apparus : on parle désormais de « méga-feux » pour désigner des incendies incontrôlables ; la vieille Europe au climat tempéré suffoque au fil des canicules. Comment faire cohabiter dans notre esprit un tel contraste ? Longtemps, la nature -souvent écrite avec une majuscule- a été donnée comme une référence : celle d’un monde innocent, privé du mal, un paradis rousseauiste. Mais il serait bien naïf, et erroné, de vouloir la considérer ainsi, car rien, dans le comportement des sociétés, ne s’inspire d’un modèle qui se voudrait « naturel ». En ce sens, le « retour à la nature » qui a bercé le rêve de la génération post-68 n’a, à l’échelle d’un pays, que peu d’adeptes.

C’est la notion même de nature qui est désormais fragilisée. Que peut bien signifier aujourd’hui « suivre la nature », dans la mesure où, par une économie de profit sans limites et une industrialisation décomplexée, se targuant parfois d’être « respectueuses de l’environnement », la nature qui nous entoure est un terrain de chasse pour les conquérants qui gouvernent et les profiteurs en tous genres ? Il serait faux de penser que nous sommes devenus prédateurs depuis peu. On évoque souvent le XIXe siècle comme période charnière de l’industrialisation et, par voie de conséquence, accentuant la coupure entre un monde   rural et le développement des villes, des usines, de l’exploitation des richesses minières. Pourtant, et même si les dégâts causés par l’homme étaient moindres, il est frappant de constater à quel point, des siècles auparavant, la nature était déjà vue comme un inépuisable réservoir, un véritable garde-manger dans lequel se servir. Les natures mortes des XVIIe et XVIIIe siècles, avec leurs gibiers pantelants montrent assez combien les hommes puissants -ceux qui avaient le droit de chasser et qui pouvaient offrir des festins à leurs hôtes- étaient satisfaits d’étaler l’opulence de leurs cuisines.

Aujourd’hui, nous avons sans doute quelque scrupule à un tel étalage, mais sous couvert de « protection de la nature », ne sommes-nous pas en train de faire de la planète une sorte de gigantesque prison aménagée ? Certes, on ne peut que se réjouir de voir des réserves naturelles permettre à des espèces de vivre en paix, de se reproduire, mais à y regarder de près, rien n’est si simple. Des zones ainsi définies, aussi vastes soient-elles, le sont par décision humaine, parfois au détriment de populations autochtones si l’on se réfère à l’historique de certains parcs naturels sur le continent américain. Nous sommes tous attendris par la naissance d’un bébé tigre dans un zoo, ce dernier prenant bien soin de dire qu’il favorise ainsi le maintien d’une espèce en voie de disparition. Mais ces « zones protégées » ne prouvent-elles pas qu’en dehors de leurs limites, tout est permis, de l’exploitation massive des bois exotiques aux cornes de rhinocéros ?

Comment trouver, face à de telles contradictions, une attitude constructive qui ne cède ni au désespoir ni à une naïveté trop confiante ? Un parti-pris philosophique actuel consiste à dire qu’au fond, la nature n’existe pas, qu’elle est la construction d’une culture qui veut se séparer d’elle. Mais une position occidentale et contemporaine, proche d’une forme d’animisme, aurait-elle un sens, dans la mesure où nous sommes bien loin de renoncer à l’idée de « progrès » ? Et d’ailleurs, en sciences, en médecine, cette même notion est bien loin d’être négative.

Si une certaine idée de la nature est bel et bien morte, son existence même en tant que telle ne reste-t-elle pas nécessaire ? Sincère est notre besoin de retrouver ce contact avec plus grand que nous, dans l’espace et dans le temps : sentir la présence du vivant, animal et végétal, est une manière non plus de nous fondre en lui, puisque nous nous en sommes définitivement démarqués, mais de tenter désormais de le protéger, et non plus de le détruire. Est-ce un rêve impossible de penser que la culture pourrait, enfin, aider la nature ? Les mots n’ont qu’un pouvoir infime, mais, telle la goutte d’eau du colibri pour éteindre l’incendie, au moins essaient-ils de faire leur part.

Les auteurs

d’Encre claire magazine 

 

Direction de publication
Evelyne et Marc BALLANFAT

Création et design
Thierry BODIN

Invité de l’entretien
Dominique BOURG

Auteurs des textes et articles 
Évelyne BALLANFAT
Marc BALLANFAT
Véronique BIZÉ
Martine BODIN

Brice BOUSSARI
Yves CARON
Pascal CLESSE

Cécile CLUZEAU
Joëlle COHEN
Jean-Pascal DUCLOS
Frantz JOSEPH
Xuân-Thu LE
Anne LORIENT
Jean MEILHOT
Anne-Marie OLIVE-PASSARET
Éric VIGUIER
Catherine WEIL

N° 2 – Printemps 2026 – Les mondes perdus

📰✒️ L’éditorial

Les mondes perdus

Évelyne BALLANFAT

 

Qui peut se vanter d’avoir jamais possédé un monde pour affirmer ensuite qu’il existe des « mondes perdus » ? Et, au fond, comment savoir qu’il s’agit d’un monde perdu, puisqu’il n’est plus, et que l’on ignore ce qu’il était ou recélait ?

Une seule certitude : le passé nous échappe, et nous tentons comme nous pouvons de retenir ce que voudrions garder. Or, il est étrange de constater que souvent, les mauvais souvenirs restent gravés comme des marques indélébiles, tandis que les moments heureux nous échappent ou reviennent parfois à notre insu, fugaces, insaisissables.

Il y a les mondes que l’on a perdus pour des raisons objectives, souvent tragiques, conséquences de la folie des hommes : pays que l’on a dû fuir, et dont l’exil donne à jamais la nostalgie. On tente parfois de les retrouver, de les reconstruire mais la mémoire réécrit l’histoire personnelle et ils sont plus les pièces d’un puzzle intérieur qu’une réalité objective. L’histoire elle-même, celle qui s’écrit et que l’on tente de comprendre dans les livres, est sans cesse soumise à une relecture, une réinterprétation à l’aune du monde contemporain, même si la base est, elle, ancrée dans des faits avérés.

Parfois, les mondes perdus n’ont jamais vraiment existé, mais ils ont, comme la mythique Atlantide, une existence qui livre à notre réflexion le danger qui nous guette : celui de notre propre engloutissement par l’avidité de nos appétits de conquête. Le mythe du monde perdu est alors, paradoxalement, signe précurseur, avertissement.

Une certaine tendance peut consister, par réflexe de peur devant le monde actuel, à se réfugier dans un retour à la Tradition, que l’on pare de toutes les vertus, sagesse, modération, respect. Mais l’école d’autrefois, la vie paysanne de « l’ancien temps » sont aussi des univers rudes, parfois cruels. Préserver n’est pas conserver à l’identique, et les passéistes feraient bien d’essayer d’abord de vivre « à l’ancienne » avant de proclamer les bienfaits du retour au passé. Cela ne signifie pas pour autant qu’on ne puisse déplorer la mort de certains mondes, mais alors, il faudrait se poser la question : comment, par exemple, faire revivre des villages abandonnés, sans retomber dans l’isolement, l’âpreté d’une vie sans merci ? Ou encore, Comment ne pas figer l’image du passé dans un carcan culturel où, comme des papillons dans une boîte de verre, les us et coutumes seraient perpétués sans aucune notion de progrès ?

Le rapport que l’on entretient aux mondes perdus est peut-être à trouver pour chacun de nous dans notre relation à ce qui n’est plus, sous peine de devenir nous-mêmes des êtres égarés dans la réalité du monde. Savoir lire des signes dans un surgissement inattendu, retrouver, sous la poussière de la mémoire, la vie des objets qui n’ont que leur présence muette pour s’adresser à nous, pourraient être des manières de ressusciter en nous, par le filtre des sensations, des instants d’existence ; peut-être même des identités qui ont été nôtres et que nous avons quittées, tels des vêtements que l’on ne porte plus.

Collectivement, c’est bien la culture qui, seule, nous permet de ne pas « tout » perdre, et, surtout, de continuer à faire vivre, de jeter des ponts entre les œuvres du passé et la création présente, à travers les architectures labyrinthiques de la mémoire et l’aspiration à des mondes nouveaux. Alors, il faut lutter, lutter sans relâche pour que Babel existe, pour que ne meurent pas les langues et que, peut-être, les hommes essaient de se comprendre malgré leurs différences. Certaines sont à jamais perdues, on ne les ressuscitera pas, pas plus que l’authentique dodo ou le grand mammouth, fantasmes d’apprentis-sorciers. La colère divine n’a point besoin de se manifester : nous sommes encore loin de cette harmonie !

Nous ne saurons jamais ce que contenait la Bibliothèque d’Alexandrie. Alors, rêvons, imaginons, inventons ce que nous n’avons pas connu et projetons-le, à la manière des cartographes de la Renaissance, qui peuplaient leur « terra incognita » de créatures merveilleuses et terribles. Et si le mythe des mondes perdus nous aidait à construire la réalité de demain ?

Les auteurs d’Encre claire magazine 

 

 

Direction de publication
Evelyne et Marc BALLANFAT

Création et design
Thierry BODIN

Invité de l’entretien
Luc BRISSON

Auteurs des textes et articles 
Évelyne BALLANFAT
Marc BALLANFAT
Véronique BIZÉ
Martine BODIN
Yves CARON
Pascal CLESSE
Cécile CLUZEAU

Joëlle COHEN
Jean-Pascal DUCLOS
Alexandrine JOLY
Frantz JOSEPH
Xuân-Thu LE
Anne LORIENT
Jean MEILHOT
Anne-Marie OLIVE-PASSARET
Éric VIGUIER
Catherine WEIL

N°1 – Hiver 2025 – 2026 – Le corps

📰✒️ L’éditorial

Le corps, cet inconnu :  ♥ par Evelyne Ballanfat

C’est avec une certaine émotion que nous vous proposons à vous tous, lecteurs, que nous ne connaissons pas encore, ce premier numéro d’Encre claire magazine. Cela faisait quelques mois qu’il commençait à exister en pensée, en « projet », au sens propre : une idée lancée comme une envie, un pari, un « pourquoi pas » collectif. Et peu à peu, le souhait a pris forme, le travail s’est organisé, chacun a trouvé sa voix, l’angle de vue qu’il ou elle allait choisir pour traiter le thème choisi. Une sorte de constellation organique s’est créée, d’autant plus surprenante et stimulante qu’elle se développait autour d’un support nouveau pour la plupart d’entre nous : une publication numérique. Un peu comme on voit pousser des champignons à partir d’un simple humus, les articles se sont développés, multipliés, agglomérés en une architecture qui s’est elle-même échafaudée au fil des semaines. En somme, Encre claire magazine a pris corps.

C’est presque naturellement que ce premier thème s’est imposé à nous : celui du corps. Pourquoi ? Sans doute parce que, depuis la covid, nous avons parfois été amenés à le regarder avec une certaine inquiétude, ou méfiance quand il s’agissait de celui des autres ; mais aussi, parce que, malmené, ou, au contraire, adulé, il nous est à la fois familier et étranger. Et, à bien y réfléchir, quand on parle « du corps », qu’entend-on exactement ? Notre seule enveloppe charnelle, ou, plutôt, une entité qui est à la fois nous et qui s’en démarque, qui nous héberge, nous et notre esprit, mais qui nous échappe parfois ? Véritable objet culturel, le corps est perçu de manières parfois bien différentes au fil du temps et selon l’angle que l’on choisit pour l’aborder : médecine, art et désir peuvent l’étudier ou l’exalter ; philosophie et littérature continuent de l’explorer. Un et multiple, charnel ou virtuel, il nous renvoie à la question même de notre existence : sa matérialité, sa fragilité, mais aussi le miracle de sa vie.

 

📖🔎 L’article de fond

Les corps du yoga :  ♥ par Marc Ballanfat

Il serait simple d’écrire : « le corps dans tous ses états », et de le décrire, de l’analyser, de le célébrer, parfois de le plaindre. Mais, même cette diversité-là serait réductrice. Si, au fond, le corps était bien plus vaste que notre enveloppe charnelle, se déployait sur différents niveaux ? Une telle perception a été étudiée et éprouvée depuis des siècles, et il nous plait, dans Encre claire magazine, de faire dialoguer les cultures et de puiser à des sources multiples.

C’est un fait : le sanscrit, langue essentielle de l’Inde ancienne, manifeste une grande richesse de vocabulaire, au moins dix mots, quand il s’agit de signifier le corps. De la même façon, il apparaît que le yogin mobilise plusieurs corps, imbriqués les uns dans les autres, tout au long de sa pratique, et qui vont d’un corps pneumatique à un corps mental en passant par un corps énergétique, pour ne citer que les plus connus. Il découvre surtout qu’il a la capacité de visualiser et de se donner mentalement un corps différent selon les étapes de sa pratique. Ce dernier finit par constituer un véritable corps yogique, semblable au corps naturel par son apparence, mais parfaitement différent de lui par ses valeurs symboliques.

 

Voir l’article complet « Les corps du yoga » dans la rubrique « Dialogue culturel ».

f

Dialogue culturel

ouverture sur d’autres cultures que la culture occidentale ; à travers des œuvres, des interviews, des événements culturels

Art

l’expression des artistes, à différentes époques, à propos du thème  

Inédits

 textes à caractère littéraire écrits spécialement pour la revue

Spiritualité

manière dont des courants de spiritualité ou des religions envisagent le thème 

Sciences

le regard scientifique sur le thème traité  

Le sens des mots

étymologie, évolution du sens des mots

 

 

Sciences humaines

le thème à travers un regard sociologique, philosophique, anthropologique

Bibliothèque

bibliographie du thème

 

 

Les auteurs d’Encre claire magazine 

Pour ce numéro :

Direction de publication

Evelyne et Marc BALLANFAT

Création et design

Thierry BODIN

Auteurs des textes et articles 

 Bernard ANDRIEU

Évelyne BALLANFAT

Marc BALLANFAT

Véronique BIZÉ

Martine BODIN

Yves CARON

Pascal CLESSE

Cécile CLUZEAU

 

Jean-Pascal DUCLOS

Frantz JOSEPH

Xuân-Thu LE

Anne LORIENT

Jean MEILHOT

Anne-Marie OLIVE-PASSARET

Éric VIGUIER

Catherine WEIL

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      Thèmes à venir

  • Les animaux (hiver 2026/2027)
  • Espace public, espace privé
  • Violence et mépris
  • Orient/Occident
  • Généalogies
  • Le voyage
// FIN - Navigation générique Encre Claire