Encre claire
magazine
« De l’opacité de la vie, par le biais de l’écriture,
arriver à une lumière de la pensée. »
Au fil des saisons et des événements, les thèmes se dessinent.
N° 2 – Printemps 2026 – Les mondes perdus
L’éditorial
Les mondes perdus
Évelyne BALLANFAT
Qui peut se vanter d’avoir jamais possédé un monde pour affirmer ensuite qu’il existe des « mondes perdus » ? Et, au fond, comment savoir qu’il s’agit d’un monde perdu, puisqu’il n’est plus, et que l’on ignore ce qu’il était ou recélait ?
Une seule certitude : le passé nous échappe, et nous tentons comme nous pouvons de retenir ce que voudrions garder. Or, il est étrange de constater que souvent, les mauvais souvenirs restent gravés comme des marques indélébiles, tandis que les moments heureux nous échappent ou reviennent parfois à notre insu, fugaces, insaisissables.
Il y a les mondes que l’on a perdus pour des raisons objectives, souvent tragiques, conséquences de la folie des hommes : pays que l’on a dû fuir, et dont l’exil donne à jamais la nostalgie. On tente parfois de les retrouver, de les reconstruire mais la mémoire réécrit l’histoire personnelle et ils sont plus les pièces d’un puzzle intérieur qu’une réalité objective. L’histoire elle-même, celle qui s’écrit et que l’on tente de comprendre dans les livres, est sans cesse soumise à une relecture, une réinterprétation à l’aune du monde contemporain, même si la base est, elle, ancrée dans des faits avérés.
Parfois, les mondes perdus n’ont jamais vraiment existé, mais ils ont, comme la mythique Atlantide, une existence qui livre à notre réflexion le danger qui nous guette : celui de notre propre engloutissement par l’avidité de nos appétits de conquête. Le mythe du monde perdu est alors, paradoxalement, signe précurseur, avertissement.
Une certaine tendance peut consister, par réflexe de peur devant le monde actuel, à se réfugier dans un retour à la Tradition, que l’on pare de toutes les vertus, sagesse, modération, respect. Mais l’école d’autrefois, la vie paysanne de « l’ancien temps » sont aussi des univers rudes, parfois cruels. Préserver n’est pas conserver à l’identique, et les passéistes feraient bien d’essayer d’abord de vivre « à l’ancienne » avant de proclamer les bienfaits du retour au passé. Cela ne signifie pas pour autant qu’on ne puisse déplorer la mort de certains mondes, mais alors, il faudrait se poser la question : comment, par exemple, faire revivre des villages abandonnés, sans retomber dans l’isolement, l’âpreté d’une vie sans merci ? Ou encore, Comment ne pas figer l’image du passé dans un carcan culturel où, comme des papillons dans une boîte de verre, les us et coutumes seraient perpétués sans aucune notion de progrès ?
Le rapport que l’on entretient aux mondes perdus est peut-être à trouver pour chacun de nous dans notre relation à ce qui n’est plus, sous peine de devenir nous-mêmes des êtres égarés dans la réalité du monde. Savoir lire des signes dans un surgissement inattendu, retrouver, sous la poussière de la mémoire, la vie des objets qui n’ont que leur présence muette pour s’adresser à nous, pourraient être des manières de ressusciter en nous, par le filtre des sensations, des instants d’existence ; peut-être même des identités qui ont été nôtres et que nous avons quittées, tels des vêtements que l’on ne porte plus.
Collectivement, c’est bien la culture qui, seule, nous permet de ne pas « tout » perdre, et, surtout, de continuer à faire vivre, de jeter des ponts entre les œuvres du passé et la création présente, à travers les architectures labyrinthiques de la mémoire et l’aspiration à des mondes nouveaux. Alors, il faut lutter, lutter sans relâche pour que Babel existe, pour que ne meurent pas les langues et que, peut-être, les hommes essaient de se comprendre malgré leurs différences. Certaines sont à jamais perdues, on ne les ressuscitera pas, pas plus que l’authentique dodo ou le grand mammouth, fantasmes d’apprentis-sorciers. La colère divine n’a point besoin de se manifester : nous sommes encore loin de cette harmonie !
Nous ne saurons jamais ce que contenait la Bibliothèque d’Alexandrie. Alors, rêvons, imaginons, inventons ce que nous n’avons pas connu et projetons-le, à la manière des cartographes de la Renaissance, qui peuplaient leur « terra incognita » de créatures merveilleuses et terribles. Et si le mythe des mondes perdus nous aidait à construire la réalité de demain ?
Sommaire
Dialogue culturel
L’entretien
Inédits
Arts
Spiritualité
Sciences
Recréer des mondes perdus par l’ingénierie génétique
Véronique BIZÉ
Sciences humaines
Le sens des mots
Bibliothèque
Lu, vu, entendu…
Les auteurs d’Encre claire magazine
Direction de publication
Evelyne et Marc BALLANFAT
Création et design
Thierry BODIN
Invité de l’entretien
Luc BRISSON
Auteurs des textes et articles
Évelyne BALLANFAT
Marc BALLANFAT
Véronique BIZÉ
Martine BODIN
Yves CARON
Pascal CLESSE
Cécile CLUZEAU
Joëlle COHEN
Jean-Pascal DUCLOS
Alexandrine JOLY
Frantz JOSEPH
Xuân-Thu LE
Anne LORIENT
Jean MEILHOT
Anne-Marie OLIVE-PASSARET
Éric VIGUIER
Catherine WEIL
Thème n°1 – Hiver 2025 – 2026 – Le corps
L’éditorial
Le corps, cet inconnu : ♥ par Evelyne Ballanfat
C’est avec une certaine émotion que nous vous proposons à vous tous, lecteurs, que nous ne connaissons pas encore, ce premier numéro d’Encre claire magazine. Cela faisait quelques mois qu’il commençait à exister en pensée, en « projet », au sens propre : une idée lancée comme une envie, un pari, un « pourquoi pas » collectif. Et peu à peu, le souhait a pris forme, le travail s’est organisé, chacun a trouvé sa voix, l’angle de vue qu’il ou elle allait choisir pour traiter le thème choisi. Une sorte de constellation organique s’est créée, d’autant plus surprenante et stimulante qu’elle se développait autour d’un support nouveau pour la plupart d’entre nous : une publication numérique. Un peu comme on voit pousser des champignons à partir d’un simple humus, les articles se sont développés, multipliés, agglomérés en une architecture qui s’est elle-même échafaudée au fil des semaines. En somme, Encre claire magazine a pris corps.
C’est presque naturellement que ce premier thème s’est imposé à nous : celui du corps. Pourquoi ? Sans doute parce que, depuis la covid, nous avons parfois été amenés à le regarder avec une certaine inquiétude, ou méfiance quand il s’agissait de celui des autres ; mais aussi, parce que, malmené, ou, au contraire, adulé, il nous est à la fois familier et étranger. Et, à bien y réfléchir, quand on parle « du corps », qu’entend-on exactement ? Notre seule enveloppe charnelle, ou, plutôt, une entité qui est à la fois nous et qui s’en démarque, qui nous héberge, nous et notre esprit, mais qui nous échappe parfois ? Véritable objet culturel, le corps est perçu de manières parfois bien différentes au fil du temps et selon l’angle que l’on choisit pour l’aborder : médecine, art et désir peuvent l’étudier ou l’exalter ; philosophie et littérature continuent de l’explorer. Un et multiple, charnel ou virtuel, il nous renvoie à la question même de notre existence : sa matérialité, sa fragilité, mais aussi le miracle de sa vie.
L’article de fond
Les corps du yoga : ♥ par Marc Ballanfat
Il serait simple d’écrire : « le corps dans tous ses états », et de le décrire, de l’analyser, de le célébrer, parfois de le plaindre. Mais, même cette diversité-là serait réductrice. Si, au fond, le corps était bien plus vaste que notre enveloppe charnelle, se déployait sur différents niveaux ? Une telle perception a été étudiée et éprouvée depuis des siècles, et il nous plait, dans Encre claire magazine, de faire dialoguer les cultures et de puiser à des sources multiples.
C’est un fait : le sanscrit, langue essentielle de l’Inde ancienne, manifeste une grande richesse de vocabulaire, au moins dix mots, quand il s’agit de signifier le corps. De la même façon, il apparaît que le yogin mobilise plusieurs corps, imbriqués les uns dans les autres, tout au long de sa pratique, et qui vont d’un corps pneumatique à un corps mental en passant par un corps énergétique, pour ne citer que les plus connus. Il découvre surtout qu’il a la capacité de visualiser et de se donner mentalement un corps différent selon les étapes de sa pratique. Ce dernier finit par constituer un véritable corps yogique, semblable au corps naturel par son apparence, mais parfaitement différent de lui par ses valeurs symboliques.
Voir l’article complet « Les corps du yoga » dans la rubrique « Dialogue culturel ».
Dialogue culturel
ouverture sur d’autres cultures que la culture occidentale ; à travers des œuvres, des interviews, des événements culturels
Art
l’expression des artistes, à différentes époques, à propos du thème
Inédits
textes à caractère littéraire écrits spécialement pour la revue
Spiritualité
manière dont des courants de spiritualité ou des religions envisagent le thème
Sciences
le regard scientifique sur le thème traité
Le sens des mots
étymologie, évolution du sens des mots
Sciences humaines
le thème à travers un regard sociologique, philosophique, anthropologique
Bibliothèque
bibliographie du thème
Les auteurs d’Encre claire magazine
Pour ce numéro :
Direction de publication
Evelyne et Marc BALLANFAT
Création et design
Thierry BODIN
Auteurs des textes et articles
Bernard ANDRIEU
Évelyne BALLANFAT
Marc BALLANFAT
Véronique BIZÉ
Martine BODIN
Yves CARON
Pascal CLESSE
Cécile CLUZEAU
Jean-Pascal DUCLOS
Frantz JOSEPH
Xuân-Thu LE
Anne LORIENT
Jean MEILHOT
Anne-Marie OLIVE-PASSARET
Éric VIGUIER
Catherine WEIL
Thèmes à venir
- La nature (automne 2026)
- Les animaux (hiver 2026/2027)
- Espace public, espace privé
- Violence et mépris
- Orient/Occident
- Généalogies
- Le voyage
